Depuis des années, Vanessa Morel faisait régner sa loi dans la prison pour femmes de Saint-Roch.
Elle n’était qu’une détenue, mais tout le monde la craignait. Lorsqu’elle traversait un couloir, les autres femmes s’écartaient.
Puis, un matin, une nouvelle détenue arriva.
Elle s’appelait Clara Vasseur.
Contrairement aux autres nouvelles, Clara semblait étrangement calme. Elle observait les portes, les caméras et les surveillantes comme si elle connaissait déjà parfaitement les lieux.
Dans le couloir principal, Vanessa décida immédiatement de la tester.
— Tu crois vraiment pouvoir me parler comme ça ?
Clara ne recula pas.
— Oui.
Les conversations cessèrent autour d’elles.
Vanessa s’approcha.
— Alors tu vas apprendre comment ça fonctionne ici.
Mais avant qu’elle puisse continuer, la directrice de la prison, Madame Delcourt, apparut au bout du couloir.
Lorsqu’elle aperçut Clara, elle s’arrêta net.
Son visage devint blanc.
Clara la regarda calmement.
— Bonjour, Madame Delcourt.
Vanessa comprit immédiatement que quelque chose n’allait pas.
— Vous vous connaissez ?
Delcourt resta silencieuse.
Clara sourit légèrement.
— Elle sait très bien qui je suis. Et pourquoi je suis ici.
La directrice regarda les détenues autour d’elles.
— Tout le monde dehors. Maintenant.
Puis elle s’approcha de Clara.
— Tu avais promis de ne jamais revenir ici.
— Je n’avais pas le choix.
Quelques heures plus tard, Delcourt fit venir Clara dans son bureau.
Dès que la porte fut fermée, elle demanda :
— Qu’est-ce que tu cherches ?
Clara sortit discrètement une vieille photographie.
On y voyait une jeune femme devant la prison.
— Ma sœur, Émilie.
Le visage de Delcourt changea.
Émilie avait travaillé à Saint-Roch huit ans auparavant.
Officiellement, elle avait quitté son emploi avant de disparaître.
Mais Clara n’avait jamais cru cette version.
Peu avant sa disparition, Émilie lui avait envoyé une lettre contenant une seule phrase :
« Si quelque chose m’arrive, cherche le dossier 117. »
Clara avait essayé pendant des années de comprendre ce que cela signifiait.
Puis, deux ans auparavant, elle avait découvert que le numéro 117 correspondait à un ancien casier situé dans une aile abandonnée de Saint-Roch.
Elle avait alors pris une décision folle : entrer elle-même dans la prison pour découvrir ce que sa sœur y avait caché.
Mais Delcourt semblait terrifiée.
— Clara, écoute-moi. Oublie ce dossier.
— Pourquoi ?
— Parce que ta sœur n’a pas disparu à cause de ce qu’elle avait trouvé.
Clara se figea.
— Alors pourquoi ?
Delcourt hésita.
— Parce qu’elle avait découvert qui l’avait caché.
Cette nuit-là, Clara réussit à atteindre l’ancienne aile.
Mais quelqu’un l’attendait déjà.
Vanessa.
Clara se mit sur ses gardes.
— Tu m’as suivie ?
Vanessa sortit une petite clé.
— Non. Je t’attendais.
Clara reconnut immédiatement le numéro gravé dessus.
117.
— Où as-tu trouvé ça ?
Vanessa répondit :
— Ta sœur me l’a donnée huit ans plus tôt.
Clara resta sans voix.
Vanessa lui révéla alors la vérité.
Avant de disparaître, Émilie avait découvert que plusieurs dossiers concernant d’anciennes détenues avaient été secrètement modifiés.
Certaines femmes officiellement transférées n’étaient jamais arrivées dans les établissements indiqués.
Émilie avait commencé à poser des questions.
Puis elle avait compris que quelqu’un à l’intérieur de Saint-Roch falsifiait les archives.
Vanessa ouvrit le casier 117.
À l’intérieur se trouvaient des copies de dossiers, plusieurs photographies et une enveloppe portant le prénom de Clara.
Les mains tremblantes, Clara l’ouvrit.
C’était une lettre d’Émilie.
Mais un détail était impossible.
La lettre était datée de six mois après sa disparition.
Clara pâlit.
— Elle était donc encore vivante…
Elle continua à lire.
Puis son expression changea.
Émilie avait écrit :
« Clara, si tu trouves cette lettre, ne fais confiance à personne qui connaissait l’existence du casier 117. »
Clara leva lentement les yeux vers Vanessa.
— Comment savais-tu où était ce casier ?
Vanessa ne répondit pas.
Soudain, une voix retentit derrière elles.
— Parce que c’est moi qui lui ai demandé de garder la clé.
Madame Delcourt se tenait dans le couloir.
Clara se retourna.
— Vous aidiez ma sœur ?
Delcourt secoua la tête.
— J’essayais de la protéger.
Puis elle sortit une deuxième photographie.
Clara la prit.
La photo avait été prise récemment.
Émilie y apparaissait.
Vivante.
Clara cessa presque de respirer.
— Où est-elle ?
Delcourt répondit :
— Cachée depuis huit ans.
— Pourquoi ne m’a-t-elle jamais contactée ?
Delcourt regarda Vanessa.
— Parce qu’Émilie avait découvert que la personne responsable des faux dossiers connaissait aussi toute votre famille.
Clara serra la photographie.
— Qui ?
Vanessa murmura :
— Quelqu’un que tu connais depuis ton enfance.
Clara la fixa.
— Donne-moi son nom.
Mais Delcourt l’interrompit.
— Avant ça, tu dois comprendre pourquoi ta sœur a préféré te laisser croire qu’elle était morte.
Elle posa un dernier dossier devant Clara.
Sur la couverture figurait le nom de leur père.
Clara pâlit.
— Mon père n’a jamais travaillé ici.
Delcourt ouvrit le dossier.
— C’est exactement ce qu’Émilie croyait aussi.
Clara regarda la première page.
Puis elle comprit que la disparition de sa sœur n’était que le début.
Le secret de Saint-Roch avait commencé dans sa propre famille, bien avant leur naissance.